4. Qui cela peut-il bien être?
Ma mémoire, certainement attaquée par les capricornes et autres xylophages que je n’ai pas su reconnaître pendant toutes ces années, semble devoir sortir de sa léthargie pluricentenaire. Cela fait des éons que je ne me suis pas attelée à reconnaître ces êtres qui sont des parasites. Ces êtres invisibles à mes yeux et inintéressants. Présentement, ce bruit tranchant m’oblige à me frotter les yeux, comme d’enlever des voiles de poussière dans une grande maison que j’aurais négligée.
Qui
vient troubler ma paix forestière ? Cette différence commence
à me piquer les yeux. Je ressens mes muscles raides et ce n’est
qu’avec ce bruit perturbateur que je commence à ressentir l’usure
du temps dans mon corps, se déclinant en une palette à chaque
minute plus diversifiée que la précédente.
J’entends de par la porte d’entrée une musique presque martiale ; les cuivres augustes annoncent bel et bien la venue d’une personne de haut rang. Suis-je prête à ouvrir la porte, à décrypter le faciès de cette personne que j’avais connue dans mon ancienne incarnation ? Pourquoi aujourd’hui ? Pourquoi tout court ?
Le chambellan amphibien siffle dans un instrument que je ne reconnais pas mais la mélopée cérémonielle qui s’en échappe ne m’effraie pas. Seulement, je m’interroge. Mon esprit commence à sortir de sa torpeur les ramifications dans le haut de mon corps. Ma maisonnée smaragdine prend des allures sombres, quelques lumières sphériques viennent éclairer cette scène où je suis debout face à cette stupide porte fermée.
J’entends le luth accompagné d’une vièle, comme une musique d’attente m’invitant à me délester de ces kilomètres de neurones en surbrillance, puis à la déposer sur le tapis en mousse, avec lenteur et douceur.
Dans le même temps, mon cœur se met à battre plus vite, convoquant d’urgence Pensée et Mémoire.
Qui cela peut-il bien être ?
Va chercher ta confiture de sureau noir de _____. Tu trouveras une baie mal cuite et plus grosse en son centre : c’est la cachette du grenat noir de la forêt.