À
peine ai-je effleuré le loquet que le battant s’ouvre en grand
dans un claquement sinistre. Le noir épais de la nuit pénètre dans
ma chambre à coucher et m’entoure sans que je puisse réagir. Les
murs, le lit, les bouquets de fleurs séchées disparaissent dans
l’obscurité.
Je ne vois plus rien.
Je ne sens plus le
parquet froid sous mes pieds.
Je ne respire plus.
La nuit
étouffe mon cri vain. À moins que ce ne fût la forêt qui, année
après année — siècle après siècle ? — ait avalé mes forces
sans que je ne m’en aperçoive. Ma bouche béante laisse entrer le
noir en moi. Je ne me débats pas.
Une voix résonne au creux de
mon crâne. Une voix terreuse, humide comme les sous-bois, sortie
d’une gorge envahie par la mousse et le lichen. Je ne reconnais pas
cette voix, et pourtant elle réveille quelque chose en moi, au fin
fond de l’abîme de ma mémoire rouillée, un délicat bourgeon de
souvenir mauve. La voix dit :
« Notre pacte arrive à son terme.
Rends-moi ce que je t’ai accordé. »
Quelle suite choisissez-vous?
Solène